Il est possible de mesurer de façon objective les niveaux de pollution atmosphérique auxquels les individus sont exposés. Cependant, il est difficile de tenir compte de façon exhaustive de toutes les expositions des individus en raison de leurs activités (domicile, travail, transports…). De plus, les mesures objectives des polluants ne tiennent pas compte de la perception subjective de la pollution atmosphérique, ce qui constitue une limite dans la détermination des risques associés à la pollution atmosphérique. Plusieurs travaux font état de l’influence que la perception subjective d’un risque peut avoir sur la santé des individus, sans que les mécanismes impliqués soient parfaitement clairs. Et vice versa on ne peut pas exclure que l’état de santé ne puisse influer sur la perception subjective d’un risque. Ainsi, pour évaluer de façon pertinente l’exposition à la pollution atmosphérique des individus il faut tenir compte à la fois de l’exposition objective à la pollution atmosphérique et des représentations cognitives associées à la perception subjective de la qualité de l’air inhalée.

A ce jour, peu de données existent sur les interrelations entre la perception subjective de l’exposition à la pollution atmosphérique, les mesures objectives de celle-ci et la santé et le bien-être (Figure)

Figure : Diagramme des interrelations potentielles entre perception subjective de l’exposition à la qualité de
l’air, expositions réelles à la qualité de l’air et risques somatiques et psychologiques

L’objectif principal de l’étude PEPA était d’investiguer les interrelations entre la perception subjective de l’exposition à la pollution atmosphérique à l’intérieur et à proximité immédiate du lieu d’habitation, les expositions réelles à celle-ci et les risques sanitaires somatiques et psychologiques au niveau de la population générale.

Dans l’étude PEPA, le choix de la population a porté sur les individus ayant participé dans la ville d’Angers en 2003 à l’étude Habitat&Santé de l’Organisation Mondiale de la Santé (www.euro.who.int/housing), dont le but général était l’identification des facteurs d’habitat au sens large pouvant avoir un effet sur la santé. Ces mêmes sujets ont été invités à participer à une enquête par questionnaire en 2008 (approche épidémiologique), et certains parmi eux à réaliser un entretien semi-structuré avec un psychologue (approche psychosociale). L’exposition subjective à la pollution atmosphérique (perception subjective) a été définie à l’extérieur des locaux par la satisfaction du sujet vis-à-vis de la pollution de l’air extérieur et par la gêne vis-à-vis du bruit dû au trafic ; à l’intérieur des locaux elle a été définie par la satisfaction vis-à-vis du logement, la satisfaction vis-à-vis de la qualité de l'air de celui-ci en raison de poussières, gaz, fumée, la présence d’humidité ou de moisissure, et la satisfaction vis-à-vis de la ventilation. Des données sur les expositions objectives à la pollution atmosphérique à l’intérieur et à l’extérieur des locaux ont été obtenues en même temps. Par ailleurs, l’état de santé des sujets a été évalué, en considérant aussi l’état subjectif (bien-être, dépression, anxiété…).

Au final, ont été analysées les données relatives à 427 individus issus de la population générale vus en 2003, dont 99 ayant répondu à un questionnaire similaire en 2008 et 39 ayant réalisé un entretien semi-structuré en 2008 [1].

Résultats :

En 2003 il y avait un décalage entre les résultats de l’inspection au domicile et à proximité de celui-ci et le perçu des sujets puisque les individus se sentaient moins exposés en termes de circulation automobile et nuisances au domicile que dans la réalité. La même tendance a été retrouvée 5 ans après, bien que les comparaisons soient moins aisées en raison du changement des instruments entre 2003 et 2008. En 2003, en termes d’effets sur la santé si les relations connues étaient retrouvées (entre tabagisme passif et maladies respiratoires, entre poussières, qualité de l’air intérieur et allergies…), toutefois la pollution de l’air n’était pas liée significativement avec les autres indicateurs de santé sauf dans le cas de la dépression diagnostiquée par un médecin. Ceux qui avaient fait état d’une insatisfaction vis-à-vis de la qualité de l’air intérieur avaient un risque triple d’être déprimés. Aucune relation n’était observée dans le cas de l’état de santé subjectif (bien être). En 2008, l’insatisfaction pour la qualité de l’air à l’intérieur du domicile semblait avoir augmenté. De plus, on observait une relation significative entre la perception de la qualité de l'air à l'intérieur du logement et l'anxiété mais aussi entre la perception de la qualité de l'air à l'intérieur du logement et la santé générale et physique. L’existence en 2008 de relations qui n’avaient pas été observées en 2003 pourrait être due à l’utilisation d’un instrument plus approprié pour déterminer l’état de santé subjectif que lors de la première enquête (échelle de Duke [2]). Les entretiens semi-structurés confirmaient les résultats épidémiologiques, tout en permettant de dégager d’autres informations importantes (étude psychologique spécifique). Entre 2003 et 2008, dans le petit échantillon considéré, la perception subjective de l’exposition à la pollution atmosphérique montrait une évolution majoritairement positive pour le bruit et la pollution de l’air extérieur. La perception des autres nuisances restait constante. De même, le pourcentage de bien-être ne se modifiait pas de façon significative entre les 2 enquêtes.

[1] Isabella ANNESI-MAESANO, Nour BAIZ, Séverine TUAL, Franck VIBERT, Michel ASKEVIS, Jean-Pierre PIAU

[2] Parkerson GR Jr, Broadhead WE, Tse CK. The Duke Health Profile. A 17-item measure of health and dysfunction. Med Care.

1990 Nov;28(11):1056-72

Instruments de l'étude PEPA