Ce thème est développé dans le souhait de mieux appréhender les facteurs pouvant influer sur la susceptibilité des individus. Selon la théorie appelée «hypothèse de Barker», du nom du chercheur britannique David Barker qui l’a émise, certains événements défavorables de la vie fœtale causeraient des changements structurels et fonctionnels de l’organisme, responsables à long terme d’une plus grande susceptibilité aux maladies (Barker) (programmation fœtale des maladies). Les déterminants de la programmation fœtale sont peu connus dans le cas des pathologies allergiques et respiratoires, bien que la prématurité soit un risque avéré d’asthme. Les résultats obtenus par l’équipe EPAR sur les liens entre une petite taille, une disproportion de la taille de la tête, de la longueur et du poids à la naissance et le développement de l’asthme, de la rhinite et de l’eczéma ont mis en exergue l’intérêt pour une étude de cohorte prospective parmi des nouveau-nés.

Cet axe de recherche se décline en deux thèmes, décrits ci-dessous, fondés sur des données longitudinales, à savoir les cohortes EDEN et ELFE (cohorte nationale INED, INSERM, InVs) auxquelles s’ajoute le registre clinique de suivi d’enfants asthmatiques détenu par le Centre de l’Asthme de l’Hôpital Trousseau de Paris (J. Just).

Thème 2.1 : Influence des facteurs pré- péri et post-natals sur la mise en place de la réponse allergique chez l’enfant.

Le développement du système immunitaire et donc les capacités futures de l’individu à s’adapter à son environnement et/ou à se protéger des antigènes (allergènes, infections…) sont directement liés à l’environnement du nouveau-né, en particulier au niveau des muqueuses, principales portes d’entrée de ces antigènes pendant les premiers mois de vie (Holt). La maturation des fonctions des muqueuses est fondamentale pour l'avenir des défenses immunitaires de toute une vie. L’allaitement au sein influence le développement du système immunitaire muqueux de l’enfant, en contribuant à la mise en place de la flore intestinale et à l’établissement d’un équilibre entre les réponses cytokiniques Th1-Th2.Les lymphocytes Th1 s’attaquent spécifiquement aux pathogènes intracellulaires et aux infections virales, tandis que les lymphocytes Th2 s’attaquent prioritairement aux parasites et sont aussi impliqués dans les allergies, par le biais de la production des immunoglobulines E. A ce jour, les connaissances sur les facteurs influençant le développement du système immunitaire et la réponse allergique de l’enfant sont peu nombreuses et proviennent d’études expérimentales réalisées dans des petits échantillons de sujets (Brown, Warner, Bjorkstén). Il nous a donc semblé pertinent de caractériser la réponse immunitaire et ses déterminants à la naissance et dans la petite enfance et ses déterminants ainsi que le développement de la réponse allergique dans le cadre d’un échantillon issu de la population générale. Les facteurs pris en compte incluent l’allaitement, les événements de la vie fœtale, péri et post natale. L’étude permet de prendre en compte la balance Th1/Th2. Ce travail sera réalisé en collaboration avec le Prof. Antoine Magnan, Président de la Société Française d’Allergologie et Immunologie Clinique.

L’objectif est de décrire la distribution de la balance Th1/Th2 à la naissance, d’identifier ses déterminants et d’étudier ses liens avec le développement de la réponse allergique. A plus long terme, ce travail va permettre d’étudier le lien entre la balance Th1/Th2 et l’incidence des maladies allergiques et respiratoires. La population se compose des nouveau-nés de la cohorte EDEN vus à Nancy selon un protocole standardisé incluant des bilans intermédiaires (naissance, 1, 3, 5 ans). La caractérisation des populations lymphocytaires a été effectuée à la naissance. Initialement, le ratio CD4+ / CD28+ pour la balance sous-lymphocytaire Th1/Th2 sera considéré. Les facteurs considérés incluent l’allaitement, l’anthropométrie de l’enfant pendant la vie in utero et à la naissance, les problèmes de santé de la vie prénatale et périnatale de la mère ou du foetus, le tabagisme in utero, le régime alimentaire, les expositions aux toxiques…

Thème 2.2 : Facteurs de risque de l’asthme précoce

Les évidences épidémiologiques concernant l’asthme précoce sont de deux ordres :

  1. l’asthme touche de 5 à 10% des enfants de moins de 2 ans (parmi ces enfants, 10% ont des symptômes avant l’âge d’un an et plus de 50% avant l’âge de deux ans) dans les pays industrialisés où on assiste à une recrudescence de cette affection, comme le démontrent les données de morbidité hospitalière et
  2. il existe peu de données décrivant l’histoire naturelle et les déterminants de l’asthme précoce (Donnelly, Grimfeld, GUstafsson). Pourtant connaître l’asthme précoce est important, car 1/3 des asthmes du nourrisson se transforment en asthme pendant l’enfance.

Clarifier la contribution des différents facteurs est le préalable indispensable à la mise en place de stratégies efficaces de prévention, par les pouvoirs publics, les autorités sanitaires et les personnes en charge des jeunes enfants.

Les objectifs spécifiques de l’étude sont :

  1. Décrire les caractéristiques cliniques et les facteurs de risque de différents phénotypes d’asthme précoce
  2. Mettre en relation les facteurs représentatifs de l’interrelation materno-infantile (tempérament, développement psychomoteur, anxiété…) avec le développement de l’asthme du nourrisson.

Les données proviennent de la base de données du Centre de l’Asthme de l’Hôpital Trousseau, où un bilan clinique détaillé est réalisé de façon régulière à tous les consultants, asthmatiques et non asthmatiques ainsi que de l’étude ADN de type cas-témoin où la dimension psychosociale a été considérée.