Actuellement, plusieurs études de population examinent les relations entre l’éventuelle survenue des maladies allergiques et respiratoires et l’exposition à la pollution atmosphérique dans des milieux de vie différents (in utero, domicile rural ou urbain, école, maison de retraite) et la chronologie de ces expositions. Il s’agit d’études longitudinales de population, dont une est de type cohorte. Dans ce contexte, un nombre important de polluants, dont des polluants émergents, et leurs interactions avec d’autres facteurs (génétiques, environnementaux (régime alimentaire…)) vont être considérés.

Cet axe de recherche se décline en 3 thèmes.

Thème 1.1 : Effets des expositions environnementales précoces sur le développement de la réponse allergique chez l’enfant.

En tant qu'organisme en développement, les enfants sont particulièrement sensibles aux effets des facteurs environnementaux. Ceci est dû à diverses raisons :

  1. par rapport à leur poids corporel, les enfants respirent plus que les adultes, et inhalent et absorbent par conséquent davantage de polluants potentiellement toxiques
  2. les enfants sont extrêmement sensibles à certaines substances chimiques
  3. les enfants se retrouvent à être plus exposés aux polluants, en particulier du fait qu’ils passent la plupart de leur temps à même le sol où les concentrations des polluants sont plus importantes
  4. les muqueuses des jeunes enfants sont fragiles.
  5. Enfin, les enfants ne choisissent pas les facteurs auxquels ils sont exposés. Au total, les enfants constituent les « indicateurs » les plus sensibles de l'incidence de l'environnement sur la santé des populations.

L’équipe s’intéresse plus particulièrement aux expositions environnementales de la vie in utero et des premières années de vie qui semblent déterminantes dans la mise en place du système immunitaire, des organes et de la croissance. Peu d’études ont déjà présenté des données sur les expositions environnementales de l’enfant en bas âge (Wahn, Bjorksten). Dans l’investigation des effets de la pollution atmosphérique, l’approche longitudinale est capitale. Parmi les études de cohorte en cours, l’étude française de cohorte EDEN contribuera à comprendre l’impact sur la santé allergique et respiratoire de la pollution atmosphérique de l’extérieur des locaux, notamment de la pollution d'origine automobile, ainsi que des polluants domestiques auxquels l'enfant est exposé dès sa vie in utero. L’équipe a participé à la constitution de cette cohorte dès le début afin d’étudier les liens entre les événements de la vie précoce et le développement de la réponse allergique. Il est prévu de déterminer l’évolution de la prévalence des paramètres de la réponse allergique (positivité aux Tests Allergiques Cutanés, immunoglobulines (IgE), manifestations cliniques…) dans les premières années de vie en fonction des expositions précoces aux polluants majeurs de l’intérieur et de l’extérieur des locaux. Seront utilisées les données recueillies dans l’étude EDEN dans laquelle des nourrissons ont été suivis dès la vie in utero. Les données médicales portent sur des indicateurs objectifs de réponse allergique (TAC aux allergènes les plus communs, IgE totales voire spécifiques dans le cordon et à 5 ans) et sur les données du dossier clinique et du carnet de santé de l’enfant. Le suivi environnemental portera sur le recueil d’information sur l’environnement à l’extérieur et à l’intérieur des locaux dans lequel évolue l’enfant. Des mesures objectives des principaux polluants atmosphériques déterminées par des techniques appropriées et par la modélisation statistique (modèle STREET entre autres…) sont prévues. La population est constituée d’environ 2000 enfants nés à Nancy et Poitiers.

Thème 1.2 : Facteurs de risque de l'environnement rural et maladies allergiques et respiratoires

L’environnement rural est d’un grand intérêt car les allergies et l’asthme y sont rares mais d’autres maladies respiratoires de nature irritative surtout, telle que la BPCO, excessives, et cela en dépit d’un tabagisme actif très réduit. Les endotoxines provenant des animaux de la ferme ne permettent pas d’expliquer à elles seules les prévalences observées, d’où l’intérêt porté à d’autres contaminants biologiques et chimiques aériens typiques du milieu rural qui ont le potentiel d’influer sur la santé allergique et respiratoire. La majorité de ces polluants (moisissures, mycotoxines…) n’a fait l’objet que d’études de médecine professionnelle. Par ailleurs, peu d’études en population générale ont porté sur les relations de type environnement – santé en milieu rural. Notamment, la qualité de l’air des habitations du milieu rural n’a jamais été mesurée. Ceci sera réalisé par l’étude FERMA (Facteurs de risque de l'environnement rural et maladies allergiques et respiratoires), dont l’équipe EPAR est à l’initiative. Par le biais de la compréhension des maladies allergiques et respiratoire en milieu rural et en raison des spécificités de celui-ci, FERMA permettra d’éclaircir les mécanismes du développement des maladies allergiques et respiratoires au sens large.

Il est prévu de :

  1. faire un état des lieux de la qualité de l’air à l’intérieur des habitations en zone rurale, en effectuant des mesurages directs par des techniques appropriées des principaux contaminants aériens biologiques et chimiques
  2. estimer l’exposition des occupants de ces habitations à la fois par des mesures objectives des polluants et par la modélisation des expositions
  3. mettre en relation les concentrations des contaminants de l’intérieur des habitations avec la prévalence et la gravité des maladies allergiques et respiratoires ainsi qu’avec certains phénotypes intermédiaires (atopie, inflammation des voies aériennes supérieures et inférieures...).

A plus long terme, il est prévu d’étudier les interactions de type gène environnement permettant d’identifier les sujets à risque de développer les maladies allergiques et respiratoires en milieu rural. Des mesures objectives effectuées par les personnels de l’enquête en utilisant des méthodes standardisées ainsi que des mesures subjectives (rapportées par les individus) à la fois de santé et d’exposition à la pollution atmosphérique sont disponibles dans l’étude FERMA. L’étude est générationnelle et implique tous les membres des habitations tirées au sort pour l’enquête. La population est constituée des habitants, adultes et enfants, d’environ 300 exploitations agricoles des 4 départements de l’Auvergne.

Thème 1.3 : Effets de la pollution de l’intérieur des locaux chez la personne âgée institutionnalisée

Les personnes âgées ont une susceptibilité accrue aux effets des polluants de l’air en raison du vieillissement normal et pathologique. Par ailleurs, les personnes âgées sont plus exposées que le reste de la population à certains polluants de l’air en raison d’une utilisation excessive de certains produits (tels que les désinfectants) ainsi que d’une mobilité réduite, le plus souvent à la suite de problèmes de santé. La relation entre la pollution atmosphérique et la santé a été peu explorée chez la personne âgée. Pour la première fois, l’impact de la pollution atmosphérique chez la personne âgée institutionnalisée dans une maison de retraite sera mesuré dans l’étude GERIE (Geriatric study in Europe on health effects of air quality in nursing homes). Cette étude proposée par l’équipe EPAR vient d’être financée par la DG-SANCO et implique 8 pays de la CE. Elle doit permettre d’identifier les facteurs de risque qui caractérisent les personnes âgées par rapport au reste de la population vis-à-vis de la réponse à la pollution atmosphérique.

Il est prévu de :

  1. faire pour la première fois en Europe un état des lieux de la qualité de l’air à l’intérieur des maisons de retraite et
  2. mettre en relation les expositions aux polluants avec la santé allergique et respiratoire des personnes âgées institutionnalisées.

L’étude est prospective et va impliquer les résidants de 8 maisons de retraite dans 8 pays d’Europe. Des mesures objectives à la fois de santé et d’exposition à la pollution atmosphérique selon des méthodes standardisées seront disponibles. En particulier, des biomarqueurs d’exposition et d’effets seront considérés. La population est constituée de 600 personnes âgées suivies dans le temps.